Attentats: les pompiers pansent leurs plaies et se tiennent prêts

Opérationnel - Le 11 décembre 2015

Paris, 11 déc 2015 (AFP) - Exercices de simulation, débriefing en groupe, soutien psychologique... Les attentats qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés à Paris le 13 novembre obligent les pompiers à s'adapter, anticiper, mais aussi à panser leurs propres plaies.

Assis sur sa chaise dans un bureau de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), le caporal-chef Christophe, 26 ans, 7 ans de secours derrière lui, est ferme: "Je n'ai pas envie de mourir, et plus envie de revivre ça".

   Le vendredi 13 novembre, ce grand brun aux yeux pétillants est en intervention devant un supermarché à deux pas du Petit Cambodge (XIème arrondissement), un restaurant attaqué par les jihadistes.

   "On venait de mettre dans le véhicule une vieille dame tombée dans le magasin", lorsque les rafales de tirs commencent. Coincé sur le marche-pied, à l'extérieur de son véhicule, Christophe attend que tout s'arrête.

"Une balle se loge dans le pare-brise, une autre dans l'aile gauche du camion", énumère Christophe, qui ne s'attendait pas à "être victime de coups de feu". "Je ne suis pas devenu pompier pour finir allongé sur un brancard dans mon camion", lance le jeune homme.

Puis vient le moment où "il faut passer d'un côté acteur à sauveteur": dépasser le stress et le côté "fou" de la situation pour secourir les victimes du restaurant, mais aussi celles du Carillon, le bar attaqué un peu plus haut dans ce quartier branché de l'est parisien.

Comme ses collègues, le caporal-chef est formé régulièrement à tous les cas de figure, aux pires attaques imaginées, et aux nouvelles méthodes. Mais la réalité parfois dépasse tout. Même s'il se sent fort "d'une expérience là-dedans", Christophe n'oublie pas "ces gens qui venaient s'agripper à (son) bras".

Les attentats de novembre étaient les pires jamais commis à Paris. Les scènes étaient "réellement traumatisantes", explique Jean-Pierre Tourtier, médecin en chef de BSPP.

Après ces évènements, il faut donc "remettre le pompier dans les meilleures conditions pour qu'il retrouve sa pleine aptitude" sur le terrain et dans "sa vie personnelle", estime-t-il.

- 'Ne pas perdre des hommes' -

La nuit des attaques, 430 pompiers se trouvaient sur le terrain, auxquels s'ajoutaient 250 personnes affectées aux postes de soutien et de commandement et 21 équipes médicales.

Après l'horreur, la hiérarchie des pompiers a organisé pour eux des débriefings, des groupes de parole et des rendez-vous avec un psychiatre.

En parallèle, la BSPP doit continuer à travailler en étroite relation avec la préfecture de police et le ministère de l'Intérieur pour anticiper les risques.

Il faut "faire son métier, sauver des vies et en même temps ne pas perdre des hommes", résume le Professeur Tourtier, qui a organisé les secours au Bataclan.

"On recueille des éléments sur le risque, sans qu'on ait de certitude, ou un délai de réalisation". A charge ensuite pour ces professionnels de mener régulièrement des exercices de situation, comme le matin des attentats, où les secours avaient travaillé à un scénario qui se réalisera le soir-même.

Il faut aussi imaginer le pire: comment travailler et assurer dans les meilleures conditions les secours, lorsque l'enquête révèlera que l'un des assaillants, Abdelhamid Abaaoud, est retourné sur les lieux des attaques, notamment Le Bataclan, quand les opérations de police étaient encore en cours?

"Il faut trouver le compromis entre le service rendu et la sécurité des acteurs", répond sobrement Jean-Pierre Tourtier. "On essaye d'être le plus raisonné possible dans l'engagement".

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