La sécurité est l’affaire du Tour

Opérationnel - Le 04 juillet 2017

[TOUR DE FRANCE] Avec ses 21 étapes et une distance totale de plus de 3.500 kilomètres sur lesquels 200 coureurs professionnels s’élancent chaque année, le Tour de France est l’une des compétitions sportives les plus importantes au monde. Un événement qui nécessite une sécurité maximale et pour lequel les sapeurs-pompiers français sont particulièrement mobilisés.

Article extrait du magazine "Sapeurs-pompiers de France" n°1102 - juillet/août 2017

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Depuis plus d’un siècle et sa première édition en 1903, le Tour de France et les coureurs qui se sont élancés sur son parcours font chaque année vibrer des millions de spectateurs. Troisième plus important événement sportif au monde, « Le Tour » comme on aime à l’appeler, c’est aussi une immense préparation en amont, tant au niveau de la logistique que sur les aspects liés à la sécurité, et ce depuis le grand départ jusqu’à l’arrivée sur les Champs-Élysées, à Paris.

Si la mobilisation des forces de l’ordre est reconnue et n’est plus à démontrer, celle des sapeurs-pompiers l’est moins. L’événement impacte pourtant très fortement les Services départementaux d’incendie et de secours (Sdis) concernés par son tracé. Cette année, pour la première fois, les sapeurs-pompiers - et plus largement la sécurité civile - ont été pleinement intégrés, en amont, à la préparation de la sécurité du Tour de France. Dès le début de l’année, les représentants des Sdis concernés par le parcours du Tour se sont réunis à l’invitation de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) et d’ASO, l’organisateur du Tour. Ils ont ensuite été associés à la traditionnelle réunion « services d’ordre » organisée à Paris en mai, aux côtés de la Police nationale et de la Gendarmerie. Au total, plus de 6.000 sapeurs-pompiers sont spécifiquement mobilisés à l’occasion du passage du Tour dans les 34 départements qui sont traversés cette année.

Prévoir tous les scénarios…

Avec ses cols mythiques, où les concurrents se sont illustrés au cours d’ascensions époustouflantes au fil des éditions, le département des Hautes-Alpes (05) est un passage quasi incontournable du Tour de France. Cette année encore, il le prouve, étant le département accueillant le plus d’étapes, avec quatre villes « départ » ou « arrivée ». Une responsabilité largement assumée par le Sdis 05 qui possède une « longue et grande histoire avec le Tour », comme aime à le souligner le colonel Patrick Moreau, son directeur. Malveillance, menace terroriste, mouvements sociaux, troubles à l’ordre public ou encore risques naturels et technologiques... les événements pouvant perturber le bon déroulement de la compétition sont nombreux. Aussi les services de sécurité et l’organisation du Tour ont-ils envisagé conjointement d’innombrables scénarios, pour anticiper les risques et être prêts à y faire face en mobilisant les moyens nécessaires.

Nouveauté 2017, un Centre de coordination Tour de France (CCTDF) est mis en place sur chaque étape, en plus des dispositifs traditionnels. Composé de membres de l’organisation du Tour et du ministère de l’Intérieur, dont deux officiers de liaison (un sapeur-pompier et un gendarme), ce CCTDF a pour objectifs principaux d’assurer le suivi du dispositif préventif de sécurité mis en place et d’organiser, en cas de besoin, le déploiement adapté de moyens de sécurité intérieure locaux et nationaux. Au même titre que le poste de commandement opérationnel (PCO) mis en place sur chaque étape et composé de représentants des forces de sécurité et de secours, le CCTDF est en lien permanent avec les centres opérationnels locaux (Codis sapeurs-pompiers, CORG gendarmerie, CIC police, COD préfecture) et nationaux (Cogic sécurité civile, CIC ministère de l’Intérieur).

Une capacité opérationnelle renforcée

Au sein même du parcours, une équipe médicale privée est présente. Légèrement renforcée cette année, elle compte une vingtaine de personnels sanitaires et médicaux, dont dix médecins réanimateurs ou urgentistes. Ils sont répartis dans 11 véhicules implantés en différents points de la course et au sein de la caravane publicitaire. Des postes de secours, armés par des sapeurs-pompiers ou par des secouristes associatifs, sont également positionnés tout au long du tracé, environ tous les 10 kilomètres en plaine et de manière plus rapprochée dans les zones escarpées. Un point de rassemblement des victimes est mis en place à proximité de la zone d’arrivée, généralement associé à un hôpital de campagne ou à un poste médical avancé formé de personnels SSSM sapeurs-pompiers et de médecins du Samu.

C’est un positionnement des moyens privilégié car la zone d’arrivée accueille davantage de public et sur une plus longue durée que celle de départ. Autre argument, les véhicules de secours ayant éventuellement pris en charge des victimes sur le parcours ne peuvent pas remonter la course en sens inverse. Ils sont donc contraints de suivre l’itinéraire des coureurs et de rejoindre l’arrivée de la course, à moins qu’une évacuation vers une structure médicale plus proche et à l’écart du parcours ne soit décidée.

6.000 Tel est le nombre de sapeurs-pompiers mobilisés pour le passage du Tour de France, dans les 34 départements traversés en 2017. Des renforts nationaux civils, militaires et aériens sont par ailleurs disponibles en cas de besoin.

L'engagement de moyens spécialisés

Particularité de cette 104e édition, l’ensemble des cinq massifs montagneux français sont traversés par les coureurs. Or, si le relief offre un côté spectaculaire à la course, il occasionne également des risques importants, pour les cyclistes professionnels comme pour les véhicules qui les accompagnent et ceux de la caravane publicitaire, sans oublier le public présent en nombre sur le bord des routes. Sur les points sensibles du parcours et dans les zones escarpées – respectivement identifiés au préalable – des moyens sapeurs-pompiers spécialisés en milieux périlleux et / ou montagneux, comme les GRIMP et les GMSP, sont donc postés, de manière à pouvoir intervenir si nécessaire.

De la même manière, aux abords des plans d’eau importants, des équipes de secours aquatique sont généralement prépositionnées. Enfin, des moyens d’intervention dédiés aux feux de forêt sont mobilisés dans les zones à risques, de manière à pouvoir intervenir rapidement en cas de départ de feu, et donc limiter ou éviter une coupure de la course ou la mise en danger des spectateurs.

Assurer la permanence des secours

Lors d’un événement tel que le Tour de France, c’est tout le dispositif opérationnel sapeur-pompier qui est repensé et réorganisé. En plus des moyens mis en place pour la manifestation sportive, il faut assurer la permanence des secours dans l’intégralité du territoire couvert, sans oublier les zones isolées, en raison de la privatisation pour la course de certains axes routiers permettant d’ordinaire l’accès des secours. Des moyens légers, comprenant un vecteur de lutte contre l’incendie et un second de secours d’urgence aux personnes, sont donc prépositionnés dans ces points préalablement identifiés.

Un impact financier

La plupart des départements ont depuis longtemps intégré l’événement dans leur budget annuel auquel contribuent essentiellement les conseils départementaux. C’est le cas au Sdis des Hautes-Alpes : « Pour ce qui est des étapes classiques, nous avons fait le choix, en accord avec le conseil départemental, de ne pas demander de participation financière aux organisateurs du Tour, précise le colonel Patrick Moreau. La raison en est simple : il y a une véritable culture de l’événementiel sportif dans le département. Ce sont des événements qui contribuent à la promotion et à l’attractivité du territoire. Avec environ 20 millions de nuitées par an, le Tour est l’un de ceux qui amènent le plus de touristes dans le département. » À titre indicatif, le Sdis des Hautes-Alpes estime à environ 45.000 euros le coût de la mobilisation des sapeurs-pompiers sur les étapes du Tour qui traversent le département cette année, avec plus de 250 sapeurs-pompiers et 80 véhicules mobilisés au plus fort de l’événement.

La traditionnelle « Étape du Tour »

La sécurité de la traditionnelle « Étape du Tour », qui se tient cette année sur le parcours de l’étape Briançon - Izoard, quatre jours avant l’étape professionnelle, est, elle, intégralement prise en charge par l’organisateur. Contrairement aux étapes classiques, lors desquelles près de 200 coureurs professionnels s’affrontent, l’« Étape du Tour » voit s’engager sur son tracé de 12.000 à 14.000 cyclistes amateurs. Un important dispositif prévisionnel de secours (DPS) est donc monté pour l’occasion, avec l’aide d’associations agréées de sécurité civile et de moyens de secours privés. Indispensables, ils sont généralement sollicités pour effectuer plus de 500 actes de secourisme et, pour les cas les plus graves, une dizaine d’évacuations vers des hôpitaux de la région.

 

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Profiter de l’événement pour promouvoir le volontariat et la prévention des risques

Pour la 15e année consécutive, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) se mobilise sur la Grande boucle pour promouvoir le volontariat sapeur-pompier et la prévention des risques, en partenariat avec le ministère de l’Intérieur et la direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC).

Prenant le départ aux côtés des véhicules publicitaires et d’animations de l’incontournable « caravane du Tour », une équipe de sept sapeurs-pompiers bénévoles répartis dans trois véhicules sérigraphiés dont pour la première fois un véhicule opérationnel (CCRL), s’attèle quotidiennement à diffuser des messages de prévention et de recrutement auprès des quelques 10 à 12 millions de personnes massées le long du parcours. Plus de 100.000 porte-clés sont également distribués pour l’occasion.

En plus des sapeurs-pompiers mobilisés sur les zones techniques de départ et d’arrivée pour assurer une mission de prévention des risques et intervenir en cas de besoin, le réseau fédéral – via les unions départementales de sapeurs-pompiers – est mis à contribution dans certaines villes étapes afin de mener des actions de prévention et de sensibilisation aux gestes qui sauvent auprès du grand public et faire la promotion du volontariat dans la lignée de l’opération menée au sein de la caravane publicitaire. Une action rendue possible grâce au partenariat qu’a la FNSPF avec le groupe AG2R La Mondiale, acteur majeur du monde du cyclisme avec la présence chaque année d’une équipe de coureurs professionnels dans le peloton.

Journaliste : Loïc Picard